La première fois que j'ai forgé avec mon père !

*Wilfried assis vous regarde avec son éternel sourire amical*

 

Le moment que je vais vous conter est pour moi très fort en émotions.

Je suis forgeron de par mon père qui très jeune m'a appris le métier. Ce jour-là, ne me demandez pas l'âge que j'avais, je ne saurais pas vous le dire, mon père est venu dans notre cuisine et m'a tendu un paquet emballé de coton noir en me disant :

**Il est temps, mon fils, que nous trouvions ta vocation au sein de notre famille.**

 

Je déballai rapidement le paquet et trouvai un ensemble de coton noir légèrement plus large avec une ceinture intégrée pour les outils. Les larmes me vinrent aux yeux par l'émotion, j'enlaçais mon père et il me rendit la pareille.

 

Nous pénétrâmes dans son atelier après que j'aie enfilé la tenue, j'avais des étoiles plein les yeux autant que la fierté qui émanait de lui à mon égard. Il me fit signe et j'approchai hésitant, j'avais encore du mal à y croire.

 

Je me positionnai sur le siège ou j'avais pris l'habitude de me mettre pour l'observer avec admiration, imitant ses gestes dans le vide.  Cette fois-ci il me tendit une paire de gants à ma taille, je les enfilais me demandant si je ne rêvais pas.

 

Le poids du marteau me ramena à la réalité. Je le soupesai mais allai le ranger à sa place et en reprit un autre que je savais tenir plus aisément, sous le regard de mon père qui avait repris le travail d'une lame sur son siège de travail.

 

L'atelier était d'une configuration assez simple : le tas de charbon pour chauffer le métal prenait le centre de la pièce, en forme de cercle, et aux quatre points cardinaux il y avait une enclume pour mon père et ses deux apprentis, plus le dernier pour moi pour observer. Mais plus aujourd'hui.

 

Il m'expliqua qu'il souhaitait une petite dague dont il me mit le plan sous les yeux.  J’étudiai le plan sous toutes les coutures en l'analysant pendant de longues minutes. Aidé du plan, j'allai choisir une pièce de métal que je tournais dans tout les sens.

Satisfait de mon choix, je retournai à mon emplacement. A l'aide des pinces, je bloquai la pièce dans un pot au dessus des braises pour chauffer le métal, je vérifiais d'avoir tout en présence le temps que le métal chauffait à blanc.

 

J'installai le gabarit sur mon emplacement et y fis verser le métal liquide aidé par mon père au début pour avoir la forme, le coffrage fut fermé et mis dans l'eau froide pour obtenir un semblant de lame.

 

Je décoffrai ma future création après un bain de quelques instants, le gabarit fut mis au sol pendant que je tenais la pièce dans les braises. Je déposai ma pièce rougeoyante et me mis à marteler lentement dessus.

 

Après quelques heures de travail, j'obtins le résultat que mes yeux d'enfants souhaitaient voir, une dague à lame courbe pour mettre à la taille d'un ado ou d'un adulte,  fier de mon travail je l'apportais à mon père.

 

Il l'observa sous toutes les coutures comme je l'avais fait précédemment, vérifiant ainsi l'équilibre et la stabilité de l'arme, il me sourit et me tapota l'épaule en me demandant.

 

**- Veux-tu être forgeron mon fils ?**

**- Oui Père !**

**- Je te nomme apprenti de mon atelier et tu seras forgeron mon fils**

**- Merci père !**

 

Encore aujourd'hui ce souvenir est très fort car le couteau que j'arbore est ce même couteau que j'ai forgé il y a quelques années, mon père me l'ayant offert le jour où il m'a nommé forgeron.

×